Mon travail pointe les décalages entre une représentation normative et la transposition imaginaire que tout à chacun peut en faire. Il s’agit bien d’interroger et de fait d’introduire une ambivalence volontaire entre objet, peinture, dessin, sculpture et leur scénographie pour créer des environnements qui sont propices à la mise en circulation de la rencontre entre espace mental et espace concret. Je me pose à l’interstice, à la jonction d’un rêve conscient et d’un ancrage au monde réel.
C’est comme cela que j’ai conçu mon atelier.
À en croire Aristote, il y aurait du singe dans le caméléon. Ceci dit, chercher des ressemblances entre les choses qui nous entourent est sans doute le premier réflexe que nous ayons pour ne pas appréhender le monde et tenter de nous l’expliquer. Est-ce la morphologie même de notre matière cérébrale qui contraint la pensée à fonctionner de cette façon? Il me plaît de le croire. Utilisée pour illustrer quelque article vantant les mérites d’une puce, en nous plaçant d’égal à égal, l’analogie nous fait franchir d’un bond un gratte-ciel. Ces absurdités semblent avoir des vertus pédagogiques indéniables. C’est dans ces conditions que l’analogie m’intéresse. Lorsqu’elle est là pour représenter et induire, avec la logique du langage, des images et des formes plus ou moins absurdes. Mon travail est là, tentant de révéler ou d’établir de nouvelles connexions, de confronter, d’hybrider, de jouer du raccourci pour ainsi faire du familier de l’étrange. L’opération produite, par ces biais, ne fait qu’ajouter une case entre deux préexistantes. Elle fabrique de l’indéterminé. Cette situation intermédiaire me paraît des plus inconfortable pour la pensée mais je m’attache à retrouver une sorte de climat de confiance entre le spectateur et l’aberration qui lui fait face.
Il me semble aujourd’hui important de marquer la frontière entre l’image et l’objet, entre l’image que produit le langage et l’objet physique sous lequel elle prend corps.
Accentuer le décalage entre l’espace mental et l’espace réel.
La question reste celle de la représentation du monde et des interprétations que l’on peut en avoir, mais elle a tout naturellement glissé vers un environnement qui nous est plus proche, celui d’un quotidien, beaucoup plus inquiétant.